1er dimanche du temps de Carême Année B – 22 février 2015

Bonjour chers amis.

Comment allez-vous ? Bien? Moi aussi, je vais bien.

Nous avons commencé le temps de Carême. Et en lisant les textes de ce 1er dimanche de carême, je voudrais définir le carême de cette façon: le carême, c’est le temps de l’être-ensemble, l’être-ensemble avec Dieu, l’être-ensemble avec les autres, avec l’Église et l’être-ensemble avec soi-même. Je le fais parce que nous voyons bien dans la première lecture, après le déluge, qu’est-ce qui c’est passé ? Dieu décide d’être encore ensemble, il met chaque espèce ensemble pour repartir à nouveau à avec chaque espèce. Et dans l’évangile, Jésus nous dit « le Royaume de Dieu est là»: c’est l’être-ensemble. Mais pour qu’il y ait être-ensemble, pour qu’ensemble, on puisse marcher, il faut des principes. Le principe de tout départ c’est la mise au clair. Il faut mettre au clair les choses. Si vous désirez être l’ami de quelqu’un, il faut mettre au clair ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas ; ce que vous attendez de lui et ce que vous n’attendez pas de lui. C’est la même chose pour les couples. Et toute mise au clair ne se fait que dans la vérité. Nous n’allons pas dire que nous allons faire une mise au clair et commencer à nous mentir. Il n’y a plus de clair, il n’y a que de noir. Ainsi, si nous décidons de vivre ce temps de carême, c’est que nous décidons de vivre le temps de mise au clair, le temps de vérité.

Carême donc, c’est le temps de vérité avec Dieu, le temps de vérité avec nous-mêmes, avec nos frères et sœurs. Il n’y a plus à mentir à soi-même, il n’y a plus à mentir aux autres. C’est ce que Jésus dénonce dans le texte que nous avions écouté le mercredi des Cendres. Ils (les pharisiens) disent qu’ils jeûnent, mais ce n’est que du mensonge, leur cœur est très loin de Dieu. ”Ton Père voit ce que tu fais dans le secret et il te le revaudra.” Voilà chers amis. Ce temps que nous venons de commencer est le temps de la vérité. Si nous n’avons jamais oser nous dire la vérité, vivre dans la vérité du chrétien, c’est aujourd’hui qu’il faille commencer. Et c’est ce à quoi nous convient aussi les textes liturgiques.

En effet, dans la première lecture, on nous parle du déluge. Il y a eu historiquement des millénaires d’années une grande pluie avec un affaissement de la terre, parce que tout simplement, il y a eu une série de marées hautes. Et là où la terre s’est affaissée, les hommes sont morts. Et il n’y a que Noé et sa famille qui n’ont pas péri. Sûrement qu’il n’était pas dans la région où la marrée était trop haute ou bien sous inspiration, il a pris les moyens très tôt. Mais l’Écrivain sacré récupère ce fait pour rapprocher l’être-ensemble de l’homme et de Dieu; pour montrer que si cela est arrivé, c’est parce que les hommes sont allés loin de Dieu. C’est parce qu’ils ont refusé l’être-ensemble avec Dieu.  Et quand on regarde bien ces régions, on voit que ce sont des régions fortement païennes. Et donc aller loin Dieu, c’est entrer dans le déluge. Mais ce n’est pas le déluge qui intéresse l’Écrivain sacré, c’est l’après-déluge. C’est qu’au fait Dieu a été toujours là, Dieu n’abandonne pas son peuple. Il est resté avec eux à travers Noé. Il est resté avec chacun comme il reste aussi avec chacun de nous dans nos péchés, dans nos misères. Lui, il est fidèle et il renoue une Nouvelle Alliance. C’est ce que nous dit la deuxième lecture. Jésus, après sa mort, est descendu aux enfers pour aller voir les injustes morts. Donc, Dieu n’est pas seulement le Dieu des vivants, mais aussi des injustes morts. Il n’y a pas pour Dieu et avec Dieu quelque chose qui soit fini. J’aime bien un hymne du psautier que nous prenons pendant le temps de carême, «Point de ténèbres, sans espoir de lumière». Avec Dieu, il y a toujours espoir. Avec Dieu, il y a toujours de victoire. Il n’y a pas de péché sans victoire de Dieu. Il n’y a pas de mort sans victoire de Dieu, juste pour nous faire entrer dans la dynamique de l’amour, l’amour qui éclate à Pâques. Et c’est cela, le vivre-ensemble. Le vivre-ensemble avec Dieu, le vivre-ensemble avec nous-mêmes et avec les autres est la victoire sur le péché. C’est cela la Nouvelle Alliance. Le vrai sens de carême, c’est que rien n’est perdu. Si j’accepte faire le chemin de vérité, je parviendrai à Pâques.

Que faire donc concrètement pour vivre de cette Nouvelle Alliance? Je dis bien concrètement. Concrètement, Dieu a assumé sa parole. Jésus nous dit «Le Royaume de Dieu est tout proche». Et que fait-il? Il va au désert, au désert de l’homme, il va à l’extrême du désert de l’homme et il se retrouve chez les païens, c’est-à-dire là où ils sont tous jetés, en Galilée, pour les ramener à son cœur. Il va donc aux fins fonds de nos cœurs, de nos extrémités pour nous ramener à son cœur. Dieu assume ainsi sa part. Et toi, vas-tu assumer ta part? Oui ou Oui? Dites «» franchement. Oui, moi, je veux assumer ma part et je crois que vous le voulez vous aussi. Et quel moyen avons-nous? Jésus nous en donne un seul. Aller au désert. Je voudrais nous définir par deux façons le «au désert». Premièrement, aller au désert, c’est se donner ce lieu pour soi, se donner ce temps pour soi, ce temps d’être en intimité avec soi et avec Dieu, ce temps de solitude, ce temps de face-à-face solitaire avec le Seul Dieu. Si donc, je décide de vivre ce désert en ce temps de carême, il faudrait que chaque jour je décide d’aller au désert, c’est-à-dire que je trouve le temps et le lieu pour moi et pour Dieu.Aller au désert, c’est accepter d’aller à l’extrême de moi-même, c’est-à-dire faire tout ce dont je suis capable, y retrouver ma capabilité humaine, aller jusqu’au bout de soi, comme Jésus est allé jusqu’au bout de l’humanité. Et quand je vais à l’extrême de moi, je rencontre Jésus-Christ. Et si je vais au désert de Jésus-Christ, je découvre qui je suis. Je découvre qu’en fait, je ne suis que poussière. «Tu es poussière et tu redeviendras poussière». Vous savez cette parole qu’on dit au mercredi des Cendres. Quelques fois ça paraît humiliant de venir devant quelqu’un qui te badigeonne d’abord de cendre, c’est-à-dire, vous humilie, mais ensuite il vous dit «souviens-toi que tu es poussière et tu redeviendras poussière». Alors que tu es venu tout cravaté, avec toute la science que tu as dans ta tête, avec tout ton cœur qui s’ouvre à l’humanité et on te dit «souviens-toi que tu es poussière». Mais en réalité, c’est ce que nous sommes. Nous sommes des poussières. Mais Dieu ne veut pas que nous restions des poussières sinon pourquoi l’être-ensemble? Si Dieu sait que nous resterons poussières, pourquoi resterait-il avec nous? C’est dire qu’il perd son temps. Mais Dieu ne perd pas son temps car rien n’est fini, rien n’est totalement poussière pour Dieu. Il reste avec nous pour que nous devenions fils dans le Fils. Voilà pourquoi en me poussant jusqu’à l’extrême de moi-même, je découvre Jésus. Donc, je découvre que je suis fils dans le Fils. Voilà ce qu’est allé «au désert»; aller au désert de Jésus, voilà le vrai sens de Carême que je partage vous. Et du coup, si je décide d’aller à l’extrême de moi, je déciderai d’aller à l’extrême de moi à travers les trois exercices que l’Église nous propose. Le premier: la prière. Pendant le carême, on nous dit que c’est le temps de prière. Nous ici au séminaire, nous avons nos temps réglementaires de prière. Le prêtre en a cinq de façon réglementaire. Mais au-delà de ça, est-ce que je vais à l’extrême de moi-même pour retrouver d’autres lieux et d’autres temps d’intimité avec le Seigneur. Voilà, concrètement, créer un lieu dans vos cabines, ici à la chapelle, dans la cour où quelque part, et un temps pour vivre ce temps de solitude, ce temps de face à face, d’intimité avec le Seigneur. Aller jusqu’à l’extrême de moi, c’est trouver le temps impossible de trouver, parce que tout simplement, les activités se suivent tellement au séminaire, le programme de vie dans la société se suit avec un tel stress que je me dis que c’est impossible de trouver autre temps avec le Seigneur. Mais c’est possible si je décide d’aller à l’extrême de moi-même.

Je peux aussi aller à l’extrême de moi-même par le jeûne. On se dit «c’est impossible de jeûner le matin, à midi, surtout que je suis ulcéreux, je dois travailler, il y a les examens, donc je ne peux pas». Mais au fait tu peux. Car si tu veux, tu peux. Le lépreux l’a dit à Jésus «tu le veux, tu peux me guérir» et en retour Jésus te dit aussi «tu le veux, tu peux jeûner». Aller à l’extrême de soi-même aussi dans le partage. On se dit «, je n’ai rien, comment vais-je partager? Moi-même je cherche». Oui, mais je peux aller à l’extrême de moi-même en partageant le peu que j’ai comme la veuve de l’évangile qui a donné de son indigence. Elle n’a pas donné sa pauvreté, mais de son indigence, c’est-à-dire qu’il n’y a plus rien d’autre pour vivre. Voilà! vous et moi, nous pouvons aller à l’extrême de nous-mêmes. Mais aller à l’extrême de nous-mêmes de cette façon, c’est aller à la rencontre de moi à l’intérieur de moi. On pourrait penser que c’est de l’égoïsme, mais non. Le motif que je donne à mon temps de prière, de jeûne et de partage fait que je ne suis plus dans un enfermement de moi-même, mais je suis dans un être-ensemble avec l’humanité. Vous décidez de prier en sortant des temps réglementaires de prière, dites au Seigneur «Seigneur, je trouve ce temps pour que ma prière devienne la prière d’un athée, la prière de quelqu’un qui n’a même plus le temps de penser à toi, alors, je veux le représenter devant toi». Voyez-vous comment vous pouvez être en communion avec l’humanité? Je décide de jeûner pour que mon jeûne devienne nourriture pour quelqu’un qui, quelque part, souffre de faim et pour que Dieu transforme le cœur des hommes. Je décide de partager car en partageant, je réalise l’humanité de l’autre et la mienne. C’est ainsi qu’on peut vivre ce temps de carême.

Exercice, et puisque je ne vous prêcherai plus avant la fin de ce temps, je vous donne un exercice étalé sur tout le temps de ce carême.

Alors pour cette première semaine de carême, dites vous c’est la semaine de la prière. Tout ce que je peux faire en allant à l’extrême de moi par la prière, je vais le faire à fond. C’est possible.

Deuxième semaine, ce sera la semaine du jeûne. Le fait que je jeûne, Dieu le prend pour sacrifice et le transforme pour le bien de quelqu’un qui souffre quelque part.

Troisième semaine de carême: semaine de partage. Je ne vous demande pas d’aller loin, pendant les deux premières semaines, regardez parmi vous, et dans la troisième semaine, faites le pas, la démarche vers l’autre.

Et la quatrième semaine sera le temps de mise au point. Si vous avez raté le temps de prière dans la première semaine, le temps de jeûne dans la deuxième semaine, le temps de partage dans la troisième semaine, c’est le temps de rattrapage pour ceux qui n’ont pas la moyenne. J’espère que vous aurez tous la moyenne.

Et la cinquième semaine sera le temps de vous et de Dieu, le temps où vous restez à l’écoute de Dieu. Ainsi durant toute la cinquième dites «, tu sais que je me suis efforcé d’aller à l’extrême de moi-même, maintenant, donne-moi ta parole et je vivrai». Et à Pâques, ce sera la célébration des noces.

Qui est prêt à partir avec moi? Que Dieu nous donne la grâce de ne pas rater ce temps de carême, peut-être que c’est le dernier que le Seigneur nous donne. Essayons de ne pas rater ce temps, le Seigneur est là et nous conduit jusqu’au bout de l’être-ensemble, au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. Amen.

Père Grégoire-Sylvestre GAINSI