Journées doctorales et postdoctorales sur le thème corps et parole: fil rouge de la première journée

FIL ROUGE DE LA PREMIERE JOURNEE

Révérend Père Recteur,

Cher Professeur Emmanuel FALQUE,

Révérends Pères docteurs et doctorants,

Chers pères formateurs

Chers frères Séminaristes,

 

Au terme de la première de nos journées doctorales et postdoctorales, il est d’importance que le point soit fait des diverses communications afin non seulement de revisiter la spécificité de chacune des interventions mais bien encore de tisser, au regard de la problématique générale, le fil conducteur reliant les divers préoccupations et apports et aussi de relancer notre quête du corps et de la parole. A cet effet, nous avons l’humble honneur de proposer à votre sage appréciation cette œuvre de mémoire et de synthèse de mis parcours.

Corps et Parole, tel est le mobile des interrogations et débats qui nous tiennent depuis l’aube de ce jour, mardi 14 mars 2017 dans le cadre de ces journées, les toutes premières du genre jamais organisées en terre Africaine. Eu égard à cette dernière considération, c’est véritablement un grand honneur que nous avons tous eu d’avoir été les plus proches témoins et artisans du riche trésor de savoir qui s’est en ces lieux et ce jour constitué.

L’événement précurseur de cet historique cénacle a été la messe matinale présidée par son excellence Monseigneur Eugène Cyril HOUNDEKON, l’ordinaire des lieux. Comme un héraut, dans son homélie, le prélat à adresser à notre assemblée l’ invitation à bâtir en chacun de nous un type de paternité qui soit constamment en référence au vrai modèle de paternité qu’est Dieu. Dans ce même ordre d’idée son excellence a insisté pour que nous prenions conscience des faiblesses de la chair qui se glissent si souvent dans la réalisation de cette paternité, c’est-à-dire dans l’accomplissement de notre devoir de frère et de chrétien envers les moins forts et les plus faibles. Plus loin, dans son introduction proprement dite à la séance, Monseigneur a successivement évoquer l’actualité de la problématique et rappeler l’approche paulinienne de distinction corps et chair ainsi que la correspondance parole et esprit avant de conclure : parler de Corps et Parole, c’est parler de ce que nous sommes, de quelques chose dont nous faisons l’expérience chaque jour, c’est parler de l’homme dans sa totalité et dans son entièreté, c’est parler de nous.

A la suite de l’évêque, le père Grégoire ADOUAYI, Recteur du séminaire a, dans son mot d’ouverture, exprimé sa profonde gratitude à toute l’assemblée, spécifiant les diverses sommités présentes notamment le Professeur FALQUE, l’artisan premier de l’effectivité de cette l’initiative de l’Institut Catholique de Paris. Le moment ultime de l’intervention du recteur a consisté dans l’inscription des présentes journées dans la belle série des événements marquant l’occurrent jubilé d’or de notre institution.

Dans le même sillage des interventions introductives, le directeur des études, le père Justin AGOSSOUKPÊVI, a dès l’abord présenté le statut et l’ossature académiques de notre maison de formation. Evoquant le thème des présentes journées, le Sulpicien a surtout montrer que le corps humain est un sujet personnel auquel nous devons prendre soin et que la parole est métaphoriquement perçue comme toute communication s’adressant à l’esprit. Cette conception a surtout été établie en référence à ce passage des femmes savantes de Molière : « mon corps est mien et je veux en prendre soin. Guenille l’on veut. Ma guenille m’est chère ». Enfin, le père Justin a tracé les axes des diverses communications, les inscrivants, au regard des auteurs convoqués, dans la consécution du médiéval, du moderne et du contemporain.

Dans l’allocution suivante, le professeur Falque s’est appuyé sur cette citation forte « le verbe s’est fait chair pour que la chair devienne verbe » pour nous montrer l’importance d’une philosophie charitable. Cette philosophie généreuse est à développer afin de faire réaliser le nécessaire passage de la philosophie au christianisme. Il a rappelé ensuite que l’initiative des Journées doctorales et postdoctorales délocalisées a été prise pour rendre manifeste la conviction qu’on ne saurait enseigner sans faire de la recherche. Abordant sommairement le thème général de ces Journées à savoir « Corps et parole », il a souligné que le comble de l’amour est la dilection. Ainsi, aimer vraiment, c’est aimer que l’autre puisse aimer un autre ; il s’agit de l’amour du tiers. Il a enfin formulé le souhait que ces conférences soient fructueuses aussi bien pour les docteurs et doctorants que pour les étudiants séminaristes.

Au chapitre des conférences, La première ayant pour thème rapport entre corps et parole chez Charles de Bovelles a été présentée par le père Grégoire-Sylvestre GAINSI qui nous a fait partir de la compréhension bovellienne du corps comme lieu d’accomplissement humain pour nous mener à la saisie du désir comme une forme de parole corporelle et de la parole comme particularité du corps. Etablissant enfin le rapport corps/parole, le conférencier en a parlé comme du miroir du monde et a fait par suite, cette belle affirmation : demande-moi où est mon corps et ma chair et je te dirai que je suis.

La deuxième conférence animée par le père Hermann Juste NADOHOU-AWANOU avait pour thème la considération du corps chez les médiévaux : entre mépris et respect ? Le père Hermann a dans sa communication, a successivement évoqué la Chronologie de l’histoire des corps et propriétés du corps ; la Conception et réalisation médiévale de l’idéal du corps ; Le corps d’après les catégories d’Aristote, le Rôle et l’usage du corps au moyen-âge ; L’éthique du corps et Les usages sociaux du corps. Il faut surtout retenir cet important passage : l’âme est dans le corps ce que le Christ est dans le monde.

Suite à ces deux premières conférences et pour respecter la logique des journées doctorales et postdoctorales, nous avons assisté à un premier débat dont le Professeur Falque fut le principal animateur. Les premières questions débattues étaient relatives à cette position du premier conférencier stipulant que le corps perd la parole à la faveur du péché et cet extrait du docteur angélique évoqué par le deuxième conférencier : mon âme n’est pas moi. Les autres questions concernaient entre autres l’amour de soi, l’articulation entre le corps et la chair chez Bovelles et les médiévaux.

Dans la troisième et dernière conférence de la matinée qui portait sur le thème Le statut de la certitude chez Spinoza, approche métaphysique, épistémique et politique, le conférencier, le père Célestin ETOH, doctorant en philosophie a surtout présenté les motivations, la problématique, les grandes articulations, l’originalité, le gain intellectuel et les perspectives de ses recherches. Citant le Delbos, le conférencier a fait remarquer que chez Spinoza la certitude consiste simplement à penser adéquatement ce que nous pensons et, spécialement à nous penser adéquatement. Il est par ailleurs d’une capitale importance que nous retenions cette interrogation à nous adresser par le père au début de sa communication : qu’est-ce qui vous convainc que vous avez un corps ?

Dans la soirée, la brillante communication du docteur OGOUGBE sur la philosophie de la chair de Michel Henry est partie d’une interrogation sur la synonymie ou non synonymie entre corps et chair, deux réalités qui tissent la réalité humaine profonde dans sa grandeur tout comme dans sa misère. Le conférencier a surtout évoqué les deux termes Körper et Leib et a à l’occasion convoqué Maine de Biran. Le concept de « corps », renvoie d’une part à la matérialité du corps’’ Körper’’, le corps propre équivalant à l’essence même du corps ‘’Leib’’. Maine de Biran pense que le corps, matière physique, est le lieu de mon Ego, ce que j’éprouve sur lui et avec lui ; c’est ce qu’il illustre dans sa notion de corps propre. Pour Brian, le « Leib » est l’incarnation de la subjectivité et de l’immanence. Corps et âme forment donc une unité indissociable. Michel Henry affirme que l’effectivité de la pensée est déterminée, conditionnée par les intentions subjectives ou par la couche intentionnelle ; la chair est ce qui permet à la vie de s’incarner ou de se corporéiser. Et la vie est ce qui engendre la chair et la révèle. En définitive Henry distingue le corps d’abord comme « entité biologique » et ensuite comme « être vivant » puis comme « corps humain »

Deux points saillants ont ponctué l’exposé du doctorant Bernardin BOKO, qui avait pour thème Corps et Parole de la vie chez Michel Henry. Après avoir établi le rapport entre corps et parole de la vie, le père a décrit la perception phénoménologique matérialiste du corps à partir de Michel Henry qui, en ramenant la phénoménologie historique sur le terrain de l’immanence, en a fait une phénoménologie de la vie. S’appuyant sur la distinction des trois corps : subjectif, organique et transcendant, il a abordé la problématique du rapport entre la théorie ontologique du corps et la question de l’incarnation : la chair et l’esprit. Pour lui en effet, il n’y a pas de chair sans esprit ni d’esprit sans chair. La chair incarne l’esprit et l’esprit donne vie à la chair.

Rappelons ici cette interrogation évoquée par le professeur Falque ce matin au sujet de ces deux notions de Körper et Leib en contexte de la célébration eucharistique : comment est-ce possible, se demandait le professeur, que je reçoive en Allemagne La Leib, c’est-à-dire la personne du Christ et qu’en France je reçoive le Korper, c’est-à-dire le Corps du Christ ?

La question reste posée et requiert sans doute la contribution d’autres expertises notamment celles théologiques.

A l’instar de cette question, diverses questions ont au reste animé les débats de ce soir. Nous avons surtout recueilli celles qui concernaient la possibilité de la Parole en absence du corps, la possibilité d’une parole provenant d’un corps à l’état cadavérique.

L’étape ultime de cette journée sera sans doute celle de la recension que nous réaliserons au niveau personnelle et individuelle de toutes les lumières acquises ou réactivée à la faveur des diverses interventions de ce jours.

En sommes la conviction à laquelle nous sommes parvenus au terme de cette première journée, c’est que nous connaissions moins du corps et de la parole que nous le pensions, qu’à présent nous en connaissons un peu plus, mais que surtout nous en avons davantage à connaître. Voilà pourquoi demain encore, notre marche continuera à la quête du corps et de la parole, la quête de notre corps et de notre corps. A ce même effet les trois conférences de la matinée de demain nous permettront de saisie la corporéité du Dasein Heideggerien avec le père Roland TECHOU, le corps comme médiation et ouverture au monde chez Merleau Ponty avec le Noel DOOLALILA, doctorant et le langage du corps avec le père Justin AGOSSOUKPEVI. Dans la soirée nous découvrirons à l’école du père Guy D’Oliveira le corps social chez Charles Taylor ; le professeur Falque nous donne rendez-vous pour l’exploration de toutes les failles de la chair ; ce sera en effet le sujet de la dernière conférence de la journée et la dernière de nos journées doctorales et postdoctorales.

Je vous remercie !