29 DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNEE C : 20/10/2013

« Quand viendra le Fils de l’homme, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

1. Frères et sœurs, fils et filles bien aimés de Dieu

L’évangile dece jour ainsi que le passage de l’exode convergent tous deux vers ce même message tout à fait réconfortant à savoir : L’assurance divine  est assurée ; la prière authentique au Dieu del’alliance est entendue et porte des fruits. Cependant, il faut  bien reconnaitre que dans la prière, nous sommes parfois déroutés par le silence de Dieu. Et nous avons l’impression quenotre prière n’est pas exaucée. Que les deuxièmes années se souviennent de labelle et profonde méditation du père Vincent l’an dernier sur l’expérience dusilence de Dieu dans la prière.

2. Dieu sefait-il prier ? Est-il sourd à nos prières, lent à nous exaucer ? Par exemple parfois, dans la prière nous demandons une guérison sans l’obtenir, une conversion, une amélioration et c’est l’enlisement dans le mal qui seréalise ; nous demandons la paix et ce sont les conflits qui s’intensifient. Vous pouvez poursuivre la liste des expériences du silence deDieu dans la prière. C’est une  préoccupation partagée par beaucoup de chrétiens, fatigués peut-être de prier un Dieu qui ne répond pas. Un Dieu qui serait aux abonnés absents.

3. C’est pour y répondre et  inviter ses disciples à changer de mentalité quant à la prière et à l’image qu’ils se font de Dieu, que Jésus, comme à son habitude, raconte une parabole, une petite histoire chargée de faire réfléchir ses auditeurs. Il s’agit d’un juge sans foi ni loi, inique,c’est-à-dire vénal et les riches qui lui font quelque présent sont plus assurésd’être servis que les autres. Comme quoi, la  corruption ne date pas d’aujourd’hui ;elle  est aussi vieille que le monde. Lassé par l’insistance d’une veuve, ce juge finit,  par lui accorder ce qu’elle demande.  Cette femmequi probablement ne pouvait pas donner satisfaction à la vénalité du juge, obtient ce qu’elle veut par sa seule obstination.  L’argument deJésus est fort simple : Si l’homme mauvais consent, si même ce juge a fini par craquer, combien plus Dieu répondra à ses élus qui l’implorent.

4. Mais alors,Dieu serait-il comme ce juge qu’il faudrait avoir à l’usure en lui tirant les oreilles pour qu’il nous écoute ? Ce n’est pas la conséquence qu’en tire Jésus. Dieu n’est pas un tyran capricieux ou indifférent à nos besoins et laprière ne consiste pas à essayer, parfois en vain, de lui soutirer des grâces.Pour comprendre la parabole, il faut relire la question finale de Jésus : « Le fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur laterre ? » Ce n’est pasDieu qui semble attendre de nous répondre, c’est notre foi qui est, parfois,aux abonnés absents. S’il importe de prier sans cesse et de ne pas sedécourager, ce n’est pas parce que Dieu serait lent ou sourd. Au contraire, lefait qu’il s’empresse de répondre à ceux qui l’appellent devrait aller de soi.La preuve, c’est que même un mauvais juge finit par s’y résoudre.

5. Le problème ne vient doncpas de Dieu mais de nous. Dieu est toujours à l’écoute, mais bien souvent, iln’y a personne pour l’écouter. Nous ne pensons qu’à notre demande et nousn’obtenons pas la réponse que nous attendons. Et pourtant, nous avons étéentendus bien au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. La difficulté ne tient pas à l’exaucement, mais à laprière. Or, la prière n’a pas pour but de mobiliser Dieu, puisque Dieu est déjàlà et qu’il attend, mais d’apprendre à croire, c’est-à-dire à faire confiance.Le mot « foi » ne renvoie pas d’abord à des croyances, mais à ce quenous appelons la confiance. Mais celle-ci n’est pas un état acquis unefois pour toutes : on ne nait pas croyant, mais on le devient enfaisant confiance, jour après jour, envers et contre tout. La confiance  se travaille, se construit. C’estla pierre angulaire de la vie en Dieu pour Dieu et avec Dieu.  On comprend dès lors mieux pourquoi Jésuspuisse demander si le fils de l’homme trouvera la foi sur la Terre.Trouvera-t-il des hommes et des femmes qui cherchent, qui font confiance en ceDieu qui prend soin d’eux ? Peut-être que se trouve là la principaledifficulté de la prière : nous n’arrivons pas toujours à croire que ce queDieu nous donne, c’est pour notre accomplissement, notre bonheur.

6. C’est pourquoi, l’important frère et sœurs, fils etfilles bien aimés de Dieu, c’est de rester en dialogue avec lui et de ne pasrester centrés sur nous et nos demandes. Le but de la prière c’est de nousajuster à Dieu qui ne demande qu’à nous combler. La question n’est pas dedemander à Dieu d’agir en notre faveur mais d’être sûrs qu’il agit sans cessedans notre vie.  Pour cela, il faut la foi qui se manifeste parla confiance et le  pire ennemi de la foi c’est le découragement,c’est quand on devient blasé, quand on ne voit que ce qui va mal. Le Seigneurnous met en garde contre ce danger. Croire c’est s’obstiner dans la prière,c’est crier vers Dieu jour et nuit sans baisser les bras. Il ne manquera pasd’oiseaux de malheur pour semer le doute. Mais l’exemple de la veuve est làpour nous apprendre l’obstination.

7. Le Seigneur en nous enseignant sa  protection certaine et nécessaire, nous faitcomprendre que la faveur demandée n’est pas toujours obtenue immédiatement. Ilfaut prier avec patience et accepter aussi le délai que le seigneur met à nous exaucer.Si Jésus n’explique pas la raison des délais voulus par le père, il saitcependant qu’ils seront tellement pénibles à supporter pour les hommes impatients,qu’ils risqueront de décourager leur foi et leur confiance en la protectioncertaine et nécessaire de Dieu ; et qu’ils risquent forts d’aller chercherailleurs ce que le père peut seul leur donner. Il ne leur sera pas facile depersévérer. C’est ici qu’il y a quelque chose d’important dans la démarche de cette veuve qu’il nous faut saisir. Elle ne se lasse pas. Elle sait que le jugefinira par lui donner satisfaction et cela lui suffit ; de toute façon, iln’y a pour elle aucune solution. Elle persévère donc dans une humilité impressionnante.

8. Le message spirituel de ce comportement peut êtrelu à la lumière de la deuxième lecture. Ainsi que Paul le dit à son discipleTimothée, elle se « tient à ce qu’elle a appris ». Elle a lacertitude que la solution est auprès du juge, elle s’y tient. Cette fidélitéest presque de l’obstination.  Pourquoine serait-elle pas le modèle de notre incessant appel au seigneur jusqu’à cequ’il réponde ? Malheureusement, l’homme va toujours chercher ailleurs, cequ’il a en lui-même.  L’enseignement de Paul,nous rappelle que notre détermination à suivre la volonté de Dieu passe par l’applicationdes Ecritures. « Tu dois en rester à ce qu’on t’a enseigné ». Laprière inlassable nous invite alors à nous orienter vers les véritables sourcespour trouver la réponse du seigneur qui devient alors suffisante. Ilfaut alors avoir la patience d’interroger suffisamment longtemps en frappant àla bonne porte, tout alors s’éclaircira. La veuve n’a pas été cherchée ailleursque chez ce juge inique, de  même quecelui-ci était suffisant pour elle, le Seigneur qui se donne à nous dans lessaintes écritures dans l’Eucharistie et à travers les sacramentaires  l’est aussi pour nous. Afin d’expérimenter saprésence agissante et réconfortante dans nos vies, en cette année de foi, ilest alors important pour nous de nous débarrasser de nos sécurités trompeuseset fausses, des gens qui nous font des promesses de nous  guérir, en nous proposant des sécurités tellesque des savons suspects et sataniques  avec lesquels il nous faut nous laver, deshuiles à provenance mystiques douteuses et diaboliques , des bougies à lagloire de la malice qu’on nous demande d’allumer pour prier,  et d’autres choses du genre . Ce sont desfausses sécurités qui ne font que trahir la véritable foi vécue et proclamée.En cette année de foi, il nous faut avoir le courage de les classer : ceschoses et les personnes qui les conseillent dans la catégorie des chosesnuisibles à la foi  et inutiles à notrecheminement spirituel. N’allez pas chercher le seigneur là où il n’est pas. Ilest là dans le tabernacle. Ne nous trompons pas de bonheur, ni ne fabriquonspas notre bonheur. Tout pour jésus, tout en jésus, tout avec jésus et tout parJésus. Pas n’importequel jésus : pas un jésusimaginaire ou jésus fabriqué selon nos convenances et nos désirs. Mais Jésustel qu’il s’est révélé dans les Ecritures : Jésus, souffrant, mort etressuscité. Comme l’a dit Saint Paul à son disciple Timothée, c’est à cetenseignement qu’il faut s’en tenir.  Ence Jésus, notre vie, et notre vocation ont leur source, leur maintenance etleur finalité.

9. C’est notrepeur de ne pas être  exaucé,  et notre méfiance qui empêche notre cœur derecevoir ce qui est déjà donné, en abondance. Dieu ne veut enfoncer la porte denotre cœur ni nous contraindre : c’est pourquoi seule notre confiance luipermet de nous donner son Esprit.En ce mois du Rosaire, nous faisons passer notreprière par Marie. Elle est là pour nous conduire au Christ et à son Évangile.Qu’elle nous aide à trouver notre joie et notre bonheur dans la fidélité et laconfiance en Dieu et en Dieu seul.Même si tout ne dépend pas de nous, cette annéeacadémique, déjà avancée dans sa course sera ce que nous en ferons. Que notre Damedu rosaire nous aide à nous laisser habiter par cette certitude : le christ marche avec nous comme il l’apromis : « je suis avec vous tous les jours ». Il ne ment pas,il ne déçoit pas et il ne trompe. Que sa présence nous suffise. Que Marielibère nos vies des présences encombrantes, nuisibles et incompatibles à notrevocation de séminaristes, de consacrés et de croyants. Qu’elle nous aide à mettrede l’ordre dans nos vies afin de mieux expérimenter la présence agissante etréconfortante de Dieu. Qu’elle prie pour nous et qu’elle prie avecnous ainsi quand viendra le fils de l’homme, non seulement il trouvera lafoi sur la terre, mais il la trouvera aussi dans nos vies et dans nos cœurs.

P. Justin Agossoukpêvi   pss