3ème dimanche du temps d e Carême Année B – 08 mars 2015

Révérends Pères, révérendes sœurs et chers amis séminaristes, bonjour

Permettez-moi, au début de cette méditation d’adresser une salutation chaleureuse et fraternelle à nos mères et à nos sœurs en cette journée du 08 mars dédiée à la femme. Bonne fête chères mères ! Bonne fête chères sœurs !

En ce troisième dimanche du temps de carême de l’année B alors que nous suivions auparavant les traces de l’évangéliste Marc, la liturgie nous donne de contempler plutôt la beauté du message que nous livre l’évangéliste Jean. Dans la liturgie romaine antique, l’on proposait aux chrétiens en marche vers le baptême trois épisodes importants de l’évangile selon Jean comme itinéraire de carême. Il s’agit de la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine, l’évangile de l’aveugle né et  celui de la résurrection de Lazare que nous retrouvons d’ailleurs respectivement aux 3e 4e et 5edimanche de carême de l’année liturgique A. Certes on peut toujours reprendre ces lectures les autres années mais une alternative nous est proposée pour l’année B. Ainsi ce matin c’est l’épisode de la purification du temple qui fait l’objet de notre méditation.  D’entrée de jeu le récit nous précise le contexte : la paque des juifs approchait et Jésus monta à Jérusalem. Il chassa les marchands du temple et déclare qu’il est le vrai Temple : « Détruisez ce Temple, dit-il, et en trois jours je le relèverai ». Il fallait un peu de sagesse pour comprendre ce que Jésus insinuait là. En effet, il s’agit là d’une annonce prophétique. A dire vrai, Jésus interprète les Ecritures et annonce une nouveauté, un accomplissement, un changement. Il porte toute la Tradition du Temple à son accomplissement. Ceux qui ont lu le livre des rois puis celui des Chroniques comprennent l’importance que revêt le Temple pour un Juif.  Il ne s’agit pas seulement d’un nettoyage du Temple encore moins d’une mise en ordre. Il est question non seulement de remédier à un désordre moral et religieux en acte dans le temple devenu lieu de vente mais d’opérer un changement radical de mentalité. Jésus vient avec une mentalité nouvelle selon laquelle la conception du Temple va bien au-delà du simple lieu ou de l’espace physique où l’on réussit à joindre Dieu et même à le maitriser. Oserions-nous parler de la privatisation de Dieu ? Qu’il vous souvienne qu’après le schisme consommé suite à la mort du roi Salomon et surtout après la fin du royaume du nord en 722, le royaume de Juda se glorifiait de posséder le temple et donc Dieu ; ils avaient Dieu en leur possession.  Ils finiront par être déportés et le temple rasé. Au temps de Jésus la même mentalité était en vogue. La tendance religieuse commune instinctive était donc celle d’acheter le salut, le paradis, la bonté de Dieu ; voilà le marché : on donne quelque chose à Dieu pour obtenir en  échange quelque chose d’autre. Jésus fustige ce système  de troc et propose sa propre personne, sa propre histoire, sa mort, sa résurrection comme le lieu où Dieu est présent.  Le Temple, c’est le corps de ce Jésus qui va mourir et ressusciter pour nous. Désormais, on conçoit qu’il est possible de rencontrer Dieu dans la stricte communion avec Jésus mort et ressuscité. Cela nous touche de près puisque de par notre baptême nous sommes intimement associés à la mort et à la résurrection du Christ. D’où l’importance de maintenir la communion avec le Christ et de nous mettre à son écoute. « J’écoute ; que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles. »

Et pour dire cette paix, dans la première lecture extraite du livre de l’Exode, après l’événement  du déluge avec Noé, l’appel d’Abraham avec la ligature d’Isaac, voici qu’en ce troisième dimanche de carême nous sommes appelés à nous mettre à l’école de Moise, le législateur, celui-là même  qui a donné la loi au peuple d’Israël de la part de Dieu. Et c’est ici que se réalise concrètement l’alliance déjà promis à Noé. Le chapitre 20 du livre de l’exode fait état des dix commandements comme clauses de l’alliance, du contrat que Dieu a établi  avec son peuple. Le prologue est très important comme prémices de l’alliance : « Je suis ton Seigneur, celui qui t’ai fait sortir d’Egypte ». Par conséquent tu n’auras pas d’autres dieux. «Je suis le Seigneur, ton Dieu » ; soulignons de deux traits cet adjectif possessif (ton) ; non pas n’importe quel Dieu et toi tu me connais parce que moi je t’ai sauvé de l’esclavage ; j’ai déjà fait quelque chose pour toi.

Chers frères et sœurs en Christ, Dieu se présente comme Celui qui est déjà intervenu, qui a libéré ce peuple – pensez à l’exode – et qui maintenant demande comme conséquence qu’il  n’ait pas d’autre dieux. Puis suivent les autres clauses du contrat.  Nous y voyons souvent quelque chose de négatif qui opprime mais à y voir de près ce sont des normes positives tant il est vrai qu’elles élargissent l’horizon. Ainsi donc en indiquant à Israël le mauvais chemin, Dieu lui laisse le choix de choisir tous les autres. L’observance du jour du sabbat et le respect dû aux parents sont au centre du décalogue et constituent les deux préceptes positifs situés entre la première partie du décalogue portant les commandements relatifs à Dieu et la deuxième partie où ils concernent plutôt l’homme. « Rappelle-toi le jour du sabbat », dit l’Ecriture. Ce précepte s’adresse au père. Autrement dit souviens-toi que tu es fruit d’une histoire de salut, que tu étais esclave et que tu as été libéré. Par conséquent Deviens à ton tour libérateur. C’est une mission. Oui, deviens libérateur vis-à-vis de tous ceux qui dépendent de toi ; ne fais travailler personne le jour du sabbat. Point n’est besoin de rappeler que ce sabbat correspond à notre dimanche de nos jours. L’autre précepte est adressé aux fils : Honores ton père et ta mère. Souviens-toi que tu as une histoire qui d’ailleurs te précède et implique ton père et ta mère; reconnais leur valeur pour enfin transmettre à ton tour l’attitude de liberté dont tu as hérité. Bref, les clauses, les dix paroles de l’alliance de Dieu sont paroles de liberté ; ce sont des sentiers que Dieu offre aux hommes pour qu’ils soient sages et cheminent bien dans la vie. Mais cela est-il possible sans le secours de Celui-là qui nous dit « Je suis le chemin, la vérité et la vie ? »

Dans sa première  lettre aux corinthiens Paul nous le présente comme scandale  pour les Juifs et folie pour les païens. Il s’agit bien du Messie crucifié, mort et ressuscité. C’est en lui que nous  reconnaissions la puissance et la sagesse authentique de Dieu qui nous libère d’ailleurs de la folie de la croix. Nous pouvons alors confesser avec le psalmiste : « Dieu, Tu as les paroles de la vie éternelle ; nous reconnaissons que Tu as raison. C’est toi le Puissant qui te fais humble ; le Sage, c’est toi, même si ton chemin nous semble une folie. Oui Seigneur,  tu as les paroles de la vie éternelle. Nous avons compris que c’est toi qui nous libères. Nous avons aussi compris que tu nous veux libérateurs les uns des autres. Tu veux que nous puissions aider nos frères à s’épanouir. Aussi voudrions-nous nous joindre à Pierre pour chanter : « A qui irions-nous Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Sans te voir, nous t’aimons ; sans te voir, nous croyons et nous exultons de joie, Seigneur, sûrs que tu nous sauves. Nous croyons en toi. ». Vivre le carême c’est bien décider de suivre le Seigneur car Lui seul a les paroles de la vie éternelle. Une fois que nous l’avons compris, que pourrions-nous faire cette semaine de façon pratique ?

Nous sommes appelés tout au long de la semaine, à devenir libérateurs de nos frères,  à nous rappeler que nous avons été libérés nous aussi de la servitude et que nous n’avons pas le droit de maintenir l’autre en esclavage. Non. Mon frère ou ma sœur a aussi le droit de jouir de sa liberté et c’est là où Dieu nous attend comme annonciateurs de cette Bonne Nouvelle où Il se dit. Nous venons dans notre chapelle où nous le rencontrons. Mais Dieu se dit aussi et surtout en Jésus présent dans nos vies. Dans ce sens, l’autre est visage de Dieu pour moi. Disons-le avec confiance : « Mon frère, tu es visage de Dieu pour moi ». Pourquoi avoir honte de le dire ?  « Ma sœur, tu es visage de Dieu pour moi,  Je ne te ferai plus souffrir. Je te libère, c’est fini, sois libre, sois heureuse, sois bénie ». Et pourquoi écouter la voix de l’Ennemi qui est là et qui s’en moque et t’invitant à lui emboiter le pas ?  Non et non. Dieu, Tu as les paroles de la vie éternelle et nous y croyons. Et c’est justement parce que j’y crois et que je compte sur la grâce divine que j’ose dire : « Au Nom de Jésus, mon frère, je te libère ». Et au Nom de Jésus, c’est fait, parce que j’y crois.

 En substance, voici le message que le Seigneur nous adresse. Il nous invite à dépasser la mentalité qui apprivoise Dieu, qui privatise Dieu – « Dieu est là, Dieu m’appartient ». Non, Dieu est Dieu et l’homme demeure homme. La nouveauté que Jésus nous apporte, c’est que nous pouvons rencontrer Dieu non seulement dans son Temple, dans notre chapelle, mais aussi et surtout en sa personne à lui. Il nous faut donc aller à la rencontre de Jésus-Christ et garder toujours la connexion avec lui. Garder la connexion avec Jésus suppose que nous accueillions la Parole de Dieu, que nous nous efforcions de vivre ses commandements parmi lesquels figurent ceux qui le concernent et ceux qui ont rapport à  l’homme. N’oublions pas qu’au centre de cet ensemble se trouve d’une part le Sabbat dont l’observance incombe aux pères appelés à libérer les enfants, les ouvriers…et d’autre part le respect dû aux parents, ceux-là même qui nous précèdent et qui sont d’emblée impliqués dans une histoire de salut qui nous dépasse. On retient alors que nous sommes des enfants libres et devons maintenir nos frères et sœurs en humanité dans cette même liberté dans notre marche vers Jérusalem à la suite du Christ pour y vivre notre chemin de croix avant l’éclosion de la joie de Pâques. Que le Seigneur nous assiste et par l’intercession de Marie, qu’il nous donne les grâces dont nous avons besoin afin d’être de véritables témoins de cette liberté et de son amour, Amen.

Père Honoré KOUDOHIN