Homélie du 3e dimanche de Pâques 2015

(Ac 3, 13-15.17-19/ Ps 4, 2, 7, 9/1 Jn 2, 1-5a/Lc 24, 35-48) 

Le Christ est ressuscité. Alléluia ! Finis les jours de douleurs et de pénitence ! Et voilà que le discours fort et la grande invitation, le leitmotiv de carême revient après la Résurrection. On pourrait s’écrier ENCORE ? Saint Pierre, dans son discours, nous retourne au carême : « Convertissez-vous et revenez à Dieu. » Pourquoi ENCORE ce retour ? La Résurrection du Christ n’a-t-il pas signé définitivement notre conversion et notre retour au Père ? La réconciliation n’a-t-elle pas eu lieu ? Essayons de réfléchir un peu. Toute réconciliation est un acte qui engage au moins deux parties qui décident de faire le pas d’ouverture et d’accueil de l’un et de l’autre. Alors, l’engagement réciproque est ici entre Dieu et moi. Dieu a rempli son contrat. Il a fait le pas de la réconciliation en venant jusqu’à moi et à assumer mon humanité jusqu’au bout en m’obtenant le pardon de mes péchés. Et moi ? Ai-je rempli ma part de contrat ?

Dimanche dernier, dimanche de la Miséricorde, dimanche de Saint Thomas, nous avons compris que le signe que l’apôtre réclamait était de savoir si la résurrection a été réellement le triomphe de l’amour sur ses péchés, sur sa mort pour une vie éternelle. Et quand il a compris que le Seigneur a totalement accompli sa part, il s’écrie « Mon Seigneur et mon Dieu » car seul Dieu peut pardonner et donc attribuer le triomphe, la victoire sur le péché. C’est là le sens pratique de la résurrection. La résurrection me concerne, je peux oser dire que je suis ressuscité avec le Christ que si elle est pour moi victoire sur mes péchés, sur ma mort. Si on m’offre une victoire et je ne cherche pas à jouir de celle-ci et je continue de me faire esclave de mon ancien maitre dire autrement si Jésus est ressuscité pour moi et que moi je ne me convertis pas en sortant de l’esclavage de mes péchés, vaine est cette résurrection. Voilà pourquoi c’est plus que jamais après la résurrection que nous devons nous efforcer de nous convertir, de revenir à Dieu, Notre Sauveur. Saint Pierre a donc raison de nous faire retourner au carême.

En fait, carême est un temps d’exercices de maison dont il faut prouver ma maîtrise de la matière durant le reste de l’année. L’invitation à nous convertir pendant le carême nécessite une application pratique après la résurrection. Car, malgré mes rejets et mes rebellions, Dieu veut effacer mes péchés. (1ere lecture) Alors première question : que dois-je faire pour maintenir mes efforts de conversion durant le carême passé pour que cela ne soit pas une répétition cyclique et vaine ? Comment faire pour valoriser et pérenniser mon effort à revenir à Dieu durant le carême passé ?  Veux-tu jouir du triomphe de la Résurrection ? Retrouve ton effort de carême et maintiens-le.

Je ne peux donc vivre le temps de Pâques que si j’accueille toute la Pâques c’est-à-dire je l’actualise en « évitant le péché » et en gardant les commandements de Dieu, refusant ainsi d’être un menteur. Si je dis que je connais Dieu alors que je suis installé dans la médiocrité permanente, habituelle et insouciante, je suis un menteur, nous dit la lettre de Saint Jean.  Mon frère, ma sœur, je me demande si je ne suis pas un habitué des choses de Dieu, habitué des Pâques, des sacrements, consommateur passif de la Parole de Dieu qui ne secoue plus mes torpeurs, mes médiocrités ? Qu’est-ce que je fais concrètement pour éviter le péché ? Qu’est-ce que je fais pour préserver concrètement mon corps de sa dégradation que mes péchés lui destinent ? Si Saint Luc nous annonce les apparitions du Ressuscité qui mange, qui montre ses blessures, qui donne sa paix et enseigne, c’est bien pour nous dire que la Résurrection n’est pas seulement une affaire de l’âme mais c’est qu’elle concerne aussi mon corps. « Je crois en la résurrection de la chair » disons-nous dans notre Credo.

Alors que vais-je faire pour faire bénéficier la Résurrection de Jésus à mon corps ? Pour ce faire, n’est-ce pas de tenir compte de la Résurrection dans les activités corporelles : travail, amour, sport, détente, relation à soi et à autrui ? Tant de questions et de réflexions qui nous poussent à nous appliquer à deux exercices cette semaine.

1 – Afin de vivre vraiment la victoire et le triomphe de la Résurrection que le Christ m’a offerte, que faire pour ne pas être un habitué de la parole de Dieu qui m’invite à me convertir ? Peut-être être plus généreux dans le don de moi-même, de mon temps, de mon bien ? Peut-être dénoncer régulièrement mes péchés sans obséquiosité bien sûr ?

2 – Vivre en ressuscité à travers mon corps : comment éviter le péché dans mon travail, dans mes élans d’amour spirituel et même charnel, dans mes sports et dans mes détentes pour que tout soit fait sous le véritable régime du commandement de Dieu : aimer. Dire autrement comment ressembler à Dieu dans mon corps cette semaine ?

Courage et déjà félicitations ! Car je sais que toi et moi, nous voulons être libres de nos péchés pour revenir à Dieu. Et nous réussirons parce que Jésus a réussi pour nous. Tenons bon au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Père Grégoire-Sylvestre GAINSI