PRÉCISIONS SUR LE PROGRAMME DE FORMATION

PRÉCISIONS SUR LE PROGRAMME DE FORMATION AU GRAND SÉMINAIRE SAINT PAUL DE DJIME PAR LE P. Justin AGOSSOUKPEVI, PREFET DES ETUDES et Nouveau Statut du Séminaire saint Paul de Djimè et la  place des Études dans la vie du candidat au sacerdoce

Après plusieurs mutations, le séminaire saint Paul de Djimé  à l’origine moyen séminaire, est devenu grand séminaire de philosophie à la rentrée académique 2008-2009. La conséquence directe de cette décision des évêques du Bénin approuvée par le Saint Siège est que les grands séminaires saint Gall de Ouidah et Monseigneur Parisot de Tchanvédji  qui abritaient le philosophât sont devenus désormais des  théologats.

 Nous voudrions pour nos lecteurs présenter brièvement notre programme à travers  l’objectif que poursuit la formation intellectuelle des candidats au sacerdoce au séminaire saint Paul de Djimè  et les implications pour notre séminaire du dernier décret de réforme des études ecclésiastiques de philosophie[1]

  1. L’objectif de la formation intellectuelle de nos  candidats au sacerdoce.

Après le décret d’érection du saint siège[2] reconnaissant le statut actuel du séminaire saint Paul  de Djimé comme grand séminaire philosophique, le programme de formation est resté pendant quatre années scolaires le même que ce qu’il était lorsque le cycle de philosophie était dans les grands séminaires saint Gall et Monseigneur Parisot. Tant dans l’objectif que dans le contenu il n’y a eu aucun changement. En effet, cette formation intellectuelle a pour objectif de préparer les candidats au sacerdoce à apprendre à penser par eux-mêmes de façon cohérente et solide, à rendre compte de leur foi, de la foi de l’Eglise reçue de la tradition et enfin les habiliter à assumer minutieusement la pastorale presbytérale. Elle vise donc à les rendre capables d’annoncer convenablement le message évangélique et de transmettre la foi de l’Eglise aux hommes de leur temps et de leur culture : les former à la foi,  les affermir dans la foi.

            Pour ces différents objectifs et raisons, « la formation intellectuelle est profondément liée à la formation humaine et spirituelle, au point d’en constituer une dimension nécessaire : elle se présente en fait comme une exigence de l’intelligence par laquelle l’homme participe à la lumière de l’intelligence divine… » (Pastores dabo vobis n° 51). Pareillement,  le souci pastoral marque la nature et l’organisation des études pour mieux faire comprendre la place et l’importance de celles-ci dans la vie du candidat au sacerdoce. Durant les quatre premières années qui ont marqué son nouveau  statut de grand séminaire, notre maison, a honoré ce qui se faisait dans les autres grands séminaires de notre pays  (saint Gall et Monseigneur Parisot) au sujet de la répartition des études. Ainsi donc, le cycle de philosophie durait deux années au cours desquelles, on s’efforçait d’aider les candidats au sacerdoce à prendre la mesure de l’importance des  études philosophiques non seulement en raison de leur lien avec la  théologie mais aussi pour contrer  la diffusion du subjectivisme comme mesure et critère de la vérité. Seule une saine philosophie aidera les candidats au sacerdoce à développer le rapport constitutif qui existe entre l’esprit humain et la vérité que  le Christ est en plénitude. C’est pourquoi comme le dit le concile Vatican II, « On enseignera les disciplines philosophiques de façon à imprégner aux séminaristes tout d’abord une connaissance ferme et cohérente de l’homme, du monde, et de Dieu, en s’appuyant sur l’héritage de la philosophia perennis, en tenant compte également des recherches philosophiques plus récentes, notamment de celles qui exercent la plus grande influence dans chaque pays, ainsi que du progrès scientifique moderne. S’ils connaissent bien la mentalité de leur siècle, les séminaristes seront ainsi convenablement préparés  au dialogue avec leurs contemporains » (Optatam totius n° 15). Les études font donc l’objet d’un soin spécifique en vue de la mission à laquelle le seigneur destine les futurs prêtres.

Ce cycle de philosophie qui comportait deux années, a un caractère de fondation et d’initiation. Il comprend la philosophie, les sciences humaines,  le Mystère du salut et la morale fondamentale nourris de l’Ecriture Sainte. On y ajoute quelques données fondamentales concernant la liturgie, la patrologie, l’histoire de l’Eglise, l’initiation au grec biblique et au latin.  Nous veillons  pendant ce cycle, à aider les séminaristes à établir les fondements de la connaissance de la vérité avec les éléments logiques nécessaires à l’esprit critique pour aborder avec sérénité le cycle  théologique

A partir de cette année académique 2012-2013[3], la Congrégation pour l’Education Catholique, dans son souci de rendre toujours plus effectives les orientations missionnaires de l’Église, a modifié de façon substantielle certains articles  de  la Constitution Apostolique Sapientia christiana [4]et des Ordonnances  qu’elle a promulguées. Ainsi donc, le cycle de philosophie dès octobre 2012, est passé  de deux à trois années. Cela a aussi des implications  sur le contenu de l’enseignement et la fin du parcours des étudiants[5]. Nous allons nous arrêter sur les grands axes  de cette réforme qui intéresse notre séminaire.

  1. Les grands axes de la réforme 

Nous aborderons ici les raisons de cette réforme et les domaines qu’elle concerne

2.1Les raisons de la réforme  actuelle des études de philosophie

L’objectif poursuivi par la réforme, est triple : d’abord, aider les Institutions ecclésiastiques d’enseignement  afin qu’elles offrent une contribution plus appropriée à la vie ecclésiale et culturelle de notre temps. Ensuite, mettre  à jour certains points de la Constitution Apostolique Sapientia christiana et des Ordonnances  qui vont avec. Permettre enfin aux institutions qui le désirent, de pouvoir donner aux étudiants au terme du parcours philosophique un grade académique en philosophie canoniquement valide. 

 

 2.2Les trois domaines de la réforme :

Les Facultés ecclésiastiques de philosophie

 La formation philosophique dans les Facultés de théologie et les Séminaires.

 La qualification du corps enseignant 

2.2.1Les Facultés ecclésiastiques de philosophie

La Constitution Apostolique Sapientia christiana de 1979, a structuré en  trois cycles classiques l’enseignement de la philosophie dans les facultés fixant  pour le premier une durée de deux années. L’expérience de plus de trente années  invite à prendre peu à peu conscience que les deux années ne suffisent pas pour parvenir à une synthèse doctrinale solide et cohérente en philosophie. Trois années de formation deviennent alors  nécessaires pour atteindre plus parfaitement les objectifs indiqués par ladite Constitution et en particulier pour que l’étudiant parvienne à une appropriation de l’héritage philosophique. Cette expérience de trois années a déjà commencé dans certains instituts et facultés. Ils ont pris l’initiative d’une  formation triennale qui se conclut par le baccalauréat ecclésiastique en philosophie. L’actuelle réforme souhaite que toutes les facultés  ecclésiastiques de philosophie qui ont l’ambition de donner des grades académiques participent à cette évolution de la pratique universitaire généralisée relative à la durée des grades académiques, « de telle manière que le triennium des études philosophiques devienne la condition sine qua non pour obtenir un premier titre d’étude en philosophie académiquement reconnu ».

Le deuxième cycle continue à comporter un biennium de spécialisation, au terme duquel la licence est délivrée. Le troisième cycle pour le doctorat de recherche, d’au moins trois années, est principalement destiné à ceux qui se préparent à un enseignement de niveau supérieur, où la recherche joue un rôle essentiel aussi pour nourrir solidement l’enseignement.  

2.2.2. La formation philosophique dans les Facultés de théologie et les Séminaires

Le décret de Réforme des études  ecclésiastiques de Philosophie rappelle et  précise la place de la philosophie dans les instituts où elle est enseignée en vue de l’obtention d’un grade théologique.  Il souligne d’une part, le respect de la méthodologie et de l’épistémologie propres à la philosophie et d’autre part, le risque du mélange des matières philosophiques et théologiques. En effet,  un mélange excessif de ces deux disciplines – voire d’autres matières – génère chez les étudiants une formation déficiente des “habitus” intellectuels et une confusion entre les méthodologies des différentes disciplines et leur statut épistémologique propre. Afin de conjurer le risque accru de fidéisme et d’éviter une instrumentalisation ainsi qu’une fragmentation de la philosophie, il est hautement désirable que les cours de philosophie soient concentrés durant les deux premières années de la formation philosophico-théologique. Ces études de philosophie étant accomplies en vue des études de théologie, s’articuleront, pendant ce biennium, à des cours introductifs en théologie.  

2.2.3. La qualification du corps enseignant

La crédibilité de l’enseignement dispensé dans les facultés ecclésiastiques et dans les séminaires ainsi que la grave responsabilité de donner une bonne et solide formation aux étudiants,  exigent selon le décret que « les enseignants possèdent des grades académiques obtenus auprès des Institutions ecclésiastiques (Facultés ecclésiastiques de philosophie et de théologie, et Instituts affiliés et agrégés) et soient dotés d’une préparation scientifique appropriée leur permettant de présenter, mis à jour, le fécond patrimoine de la tradition chrétienne »[6].

Compte tenu des constats faits dans ces trois domaines certains articles de la constitution  ApostoliqueSapientia christiana et les Ordonnances de la Congrégation pour l’Éducation Catholique ont été remis à jour. Ils concernent plusieurs points. Nous mentionnons ce qui touche directement notre séminaire dans son statut actuel et qui a des implications pour lui.

  1. Les articles  remis à jour et leur implication pour notre séminaire.

– le nombre des années pour obtenir le baccalauréat en philosophie : Compte tenu de la réforme du premier cycle de trois années des études ecclésiastiques de philosophie, conduisant au baccalauréat en philosophie, l’affiliation philosophique doit être en conformité avec ce qui est décrété pour le premier cycle, quant au nombre des années et au programme d’études.  Concrètement, le statut actuel de notre séminaire correspond aux exigences du premier cycle institutionnel, qui dure trois ans ou  six semestres, et durant lequel on donne une exposition cohérente des différentes parties de la philosophie qui traitent du monde, de l’homme et de Dieu, et aussi de l’histoire de la philosophie avec une introduction à la méthode de recherche scientifique. Il est vrai que c’est un séminaire, mais lorsque les conditions seront remplies, nous serons rapidement  affiliés à une université et donc à une faculté qui décernera au terme des trois années le baccalauréat philosophique qui correspond à la licence dans les universités d’état.

-Pour cela,  selon la réforme,  le nombre des enseignants stables en philosophie doit être d’au moins cinq avec les qualifications requises (cf. Ord., Art. 61). Ils doivent  se consacrer à temps plein à l’enseignement de la philosophie et à la recherche. Les enseignants stables peuvent être repartis de la  manière suivante : un en métaphysique, un en philosophie de la nature, un en philosophie de l’homme, un en philosophie morale et politique, un en logique et philosophie de la connaissance.

-Pour les autres matières, obligatoires et optionnelles, on peut demander l’aide d’autres enseignants qualifiés et compétents,  pour la crédibilité de leur enseignement.

Voici désormais les disciplines que nous enseignerons pendant les trois années :

  1. a) Les matières obligatoires fondamentales :

– Une introduction générale qui s’efforcera en particulier de montrer la dimension sapientielle de la philosophie.

– Les disciplines philosophiques principales : 1) métaphysique (entendue comme philosophie de l’être et théologie naturelle), 2) philosophie de la nature, 3) philosophie de l’homme, 4) philosophie morale et politique, 5) logique formelle et mathématique, philosophie de la connaissance, l’herméneutique, philosophie de droit, philosophie du langage, Bioéthique, l’âme dans l’histoire de la philosophie

– L’histoire de la philosophie : antique, médiévale, moderne, contemporaine. L’examen attentif des courants qui ont exercé une influence majeure sera accompagné,  de la lecture des textes des auteurs plus significatifs (Platon, Aristote, Augustin, Thomas d’Aquin, Sénèque, Kant, Hegel, Husserl,  Heidegger, Levinas, Buber, Nietzsche, K. Marx, Freud)

-une introduction au débat sur la philosophie négro africaine.

-Des cours d’anthropologie philosophique permettent de situer l’homme dans le monde des vivants et dans celui de ses valeurs face à ses choix moraux en étroite parenté avec les autres vivants  et avec sa culture.

  1. b) Les matières obligatoires complémentaires :

– Une introduction à la méthodologie de l’étude et du travail scientifique qui initie aussi à l’usage des instruments de la recherche et à la pratique de l’argumentation.

c.)Des notions de base sont données, dans une visée pratique (pastorale), sur les sciences humaines : sociologie, anthropologie, psychologie.

L’objectif étant de former les futurs prêtres. Nous commençons les études ecclésiastiques  par un cours d’initiation au mystère du salut de manière que les candidats au sacerdoce  voient le sens de ces  études, leur ordre et leur fin pastorale, et qu’en même temps ils soient aidés à fonder toute leur vie sur la foi et à l’en pénétrer. Ils seront aussi par-là affermis dans leur vocation, ratifiée personnellement par une donation accomplie d’un cœur joyeux. (Cf. Optatam totius n° 14). Cette forte insistance sur la philosophie comme matière dominante  n’enlève rien à l’importance accordée aux autres matières citées plus haut (Bible, liturgie, patrologie, morale, histoire de l’église) qui continuent d’être bien enseignées.

Durant tout le parcours, il y a des contrôles de connaissances qui permettent d’évaluer l’aptitude intellectuelle des  séminaristes : des interrogations, des devoirs de mois, des exposés, des fiches de lecture et deux examens par an : un à la fin du premier semestre en février et un autre à la fin du deuxième semestre en juin.

Quand le processus d’affiliation aura été achevé, les étudiants concluront leur parcours par un mémoire de fin de cycle dont la nature et  la modalité restent à préciser. Ce mémoire fera partie des validations requises pour l’obtention du premier grade académique : le baccalauréat philosophique ou la licence en philosophie.

Pour cela, il nous faut une bibliothèque aux normes. Nous le savons mais cela fait partie aussi des exigences posées par le décret pour que l’affiliation nous soit donnée. Merci à tous ceux qui peuvent nous aider à doter notre bibliothèque des ouvrages surtout  de philosophie car actuellement nous n’avons presque rien.

Conclusion

Le séminaire saint Paul de Djimé est un philosophat. Comme tel, la matière dominante est la philosophie. Cependant, nous nous efforçons d’articuler la  formation intellectuelle avec les autres dimensions de la formation sacerdotale : la formation humaine, la formation spirituelle, et la formation pastorale. Car au final, le but poursuivi par la formation intellectuelle, est de former des séminaristes à devenir ‘des prêtres spirituellement solides, disponibles, dévoués à la cause de l’Evangile, capable de gérer avec transparence les biens de l’Église, et de mener une vie simple en conformité avec leur milieu’ (cf Ecclesia in africa n° 95). Et être toujours prêts  à rendre raison (logos) de l’espérance qui les habite.(cf. 1 P 3, 15). Apprendre à devenir capable de donner de telles réponses est l’un des principaux buts des trois  années ici au grand  séminaire saint Paul de Djimé

                        Justin AGOSSOUKPÊVI pss

           Directeur des études du séminaire saint Paul de Djimé.


[1] Ce décret qui émane de la congrégation pour l’éducation catholique a été signé le 28 janvier 2011 à la fête de saint Thomas d’Aquin et est appelé à entrer en application à la rentrée d’octobre 2012 comme l’indique son article 66 : «  Toutes les Institutions académiques ecclésiastiques de théologie et de philosophie doivent se rendre adéquates au présent Décret pour le début de l’année académique 2012-2013 ».  

[2] Le décret d’érection a été émis en septembre 2008 par la congrégation pour l’évangélisation des peuples alors sous l’autorité du cardinal Ivan Dias, préfet de la dite congrégation.

[3] D’après l’article 66 du Décret de la réforme de l’enseignement de la philosophie, toutes les Institutions académiques ecclésiastiques de théologie et de philosophie doivent se rendre adéquates au présent décret pour le début de l’année académique 2012-2013.

[4] Sapientia christiana est une constitution apostolique du souverain pontife Jean Paul II publiée le 15 avril 1979 sur les universités et les facultés ecclésiales. Elle est accompagnée de l’ordonnance  du 29 avril 1979 de la Congrégation pour l’Education Catholique. Cette ordonnance fut ratifiée, confirmée par le pape Jean Paul II qui en a ordonné la publication ; nonobstant toute prescription contraire.

[5] Les implications de cette décision se feront ressentir sur la promotion qui est actuellement en première année au séminaire saint Paul de Djimè ; en effet, c’est elle qui fera 3ans et sera la première a expérimenté dans notre pays cette nouvelle et belle réforme.

[6] Cf. Jean Paul II, Fides et Ratio, n. 105.